du 4 juin 2026 au 5 juin 2026
Publié le 27 mai 2026 Mis à jour le 27 mai 2026

Colonialité et autochtonie dans les Amériques

Quiroz
Quiroz

Lieu : ENS Ulm

Colloque organisé par Lissel Quiroz du laboratoire AGORA, Willy Delvalle, doctorants, Chaire Géopolitique du Risque (ENS), République des Savoirs, Yuwey Henri, Nation Kalin'a Tilewuyu, poète, écrivaine, penseuse et militante et Ana Carolina Delgado Teixeira, professeure, Université Fédérale de l'intégration Latino-Américiane (Brésil)


Depuis le 16e siècle, la catégorie « indien » et ses dérivés « amérindien » et « indigène » désignent la situation de colonisé, de dominé, racialisé, exotisé. La catégorisation des peuples créée par les colons européens est le substrat sur lequel s’est construit un processus de racialisation et de création de races. Comme le souligne l’anthropologue mexicain Guillermo Bonfil Batalla (1972), « indien » est une catégorie supra ethnique qui ne dit rien des groupes qu’elle comprend, mais dit plutôt la relation de subordination. L’Indien, en tant que catégorie coloniale, naît lorsque Christophe Colomb envahit l’île d’Ayiti, renommée Hispaniola pour asseoir la domination des Rois Catholiques sur l’île. Avant 1492, Abya Yala était composée de centaines de peuples et de sociétés très diverses, ayant chacune leur propre identité sociale et politique. L’invasion d’Abya Yala par les Européens a très vite été suivie de la violence colonisatrice et du génocide de 90% de la population du continent. Certaines régions, comme la Caraïbe, auront du mal à faire face à la violence du choc colonial des premières décennies de l’invasion du continent. Les peuples autochtones vivant de Saint Domingue à Cuba ont été décimés par une occupation européenne sanglante et violente. Au Mexique, celle-ci devient systématiquement marquée par le refus de l’autre, conçu par le colon comme « le même », voué à être incorporé comme chose à une totalité dominatrice. Dans les territoires où la colonisation arrive plus tardivement, il faudra attendre le milieu du 19e siècle pour que les peuples autochtones retrouvent leur niveau démographique précolonial. La subalternisation des Autochtones ne s’achève pas avec les indépendances du 19e siècle. De fait, à part dans le cas d’Haïti, il n’y a aucune révolution décoloniale dans les Amériques. Les colons renvoyés chez eux sont remplacés par leurs descendant·es, nés sur le continent américain. Dans certains espaces, comme la Guyane, la décolonisation ne s’est jamais produite. Et même Haïti, ayant connu une apparente décolonisation du pouvoir, celle-ci s’est faite au prix des nouvelles dépendances financières et commerciales imposées par l’ancienne métropole et les Etats-Unis à travers l'endettement.

Ce colloque vise à explorer cette histoire douloureuse, oubliée et silenciée. Connaître le passé pour mieux le panser et réparer la blessure coloniale. L’objectif sera aussi de visibiliser les luttes anticoloniales, les résistances politiques et culturelles à la colonialité, tant passées que présentes. La création autochtone de nouveaux projets et concepts comme dans le cas de la notion d’Abya Yala, Buen Vivir, futur ancestral et des formes alternatives à l’État-nation moderne d’organisation sociale, caractérisées par la démocratie directe et l’autonomie politique, sont susceptibles d’entrevoir la concrétisation de l’utopie entièrement « américaine » évoquée par Quijano. Ou encore, la mise en évidence d’un processus de production en cours d’un nouveau sens historique qu’incarnent les peuples autochtones. Le colloque se propose de visibiliser ces apports théoriques et pratiques dans un dialogue transaméricain.